Quelles marques testent encore sur les animaux ?

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En Europe, les cosmétiques vendus sur le marché de l’Union européenne ne peuvent légalement être testés sur les animaux depuis le 11 mars 2013. Pourtant, plusieurs marques internationales majeures continuent de soumettre leurs produits à des tests sur animaux de laboratoire pour accéder à des marchés hors UE, notamment la Chine. Entre réglementation fragmentée, exceptions REACH et label cruelty-free à décrypter, voici ce que vous devez réellement savoir avant d’acheter.

Pourquoi des marques de cosmétiques testent encore sur les animaux en 2026

La réglementation européenne, consacrée par le règlement (CE) n° 1223/2009, interdit depuis 2013 les tests sur animaux pour les ingrédients et produits finis cosmétiques commercialisés dans l’UE. Cette avancée, arrachée après des années de pression des associations de protection animale, reste une référence mondiale. Mais elle comporte des angles morts qui expliquent pourquoi la question demeure d’actualité.

Le premier facteur, et le plus déterminant : le marché chinois. Jusqu’à récemment, la réglementation chinoise imposait des tests sur animaux pour tous les produits cosmétiques importés. En 2021, la Chine a assoupli ces exigences pour certaines catégories de produits dits « ordinaires » (soins du visage, shampooings…), mais les produits qualifiés de « spéciaux » (colorations capillaires, écrans solaires, antichute) restent soumis à des tests obligatoires. Toute marque qui ambitionne le marché chinois dans ces catégories doit donc accepter ces contraintes réglementaires locales.

Le second facteur provient du programme REACH (Registration, Evaluation and Authorisation of Chemicals), adopté en 2006 par l’UE. Ce dispositif oblige les fabricants à prouver l’innocuité des nouvelles substances chimiques utilisées dans leurs formulations, y compris celles exclusivement cosmétiques. En août 2020, la chambre de recours de l’ECHA (Agence européenne des produits chimiques) a rendu deux décisions sur des filtres UV (Homosalate et Ethylhexyl salicylate) en estimant que REACH pouvait imposer des tests sur vertébrés même pour des ingrédients à usage strictement cosmétique. Cette tension législative fragilise l’interdiction initiale.

Les substances à usage mixte : le vide juridique qui persiste

La majorité des ingrédients cosmétiques sont aussi présents dans des médicaments, des détergents ou des produits alimentaires. Dès lors, un conservateur ou un tensioactif peut être testé sur des animaux de laboratoire dans le cadre d’une procédure pharmaceutique ou industrielle, même s’il finit dans un soin visage. La Commission européenne l’a elle-même admis dans sa communication de mars 2013 : « l’expérimentation animale peut se révéler nécessaire pour garantir la conformité de ces produits avec le cadre légal qui leur est applicable » pour les ingrédients à usage multiple.

Le Propylparaben, le Sodium Lauryl Sarcosinate et la silice amorphe font partie des substances identifiées comme potentiellement concernées par cette brèche. Autrement dit, un produit peut respecter la lettre du règlement cosmétiques tout en contenant des ingrédients qui ont, à un moment de leur cycle de vie, été testés sur des animaux sous une autre réglementation. Cette réalité rend le verdict consommateur bien plus complexe qu’un simple logo sur l’emballage.

Quelles marques majeures sont encore concernées par les tests sur les animaux

Certaines des plus grandes marques mondiales maintiennent une présence commerciale en Chine dans des catégories réglementées, ce qui les expose aux exigences de tests locaux. Ces marques affirment généralement ne pas tester leurs produits finis sur les animaux sur leur territoire d’origine, mais la réalité de leur déploiement international nuance ce discours.

L’Oréal commercialise en Chine plusieurs gammes relevant de catégories soumises aux tests obligatoires. Si le groupe investit dans les méthodes alternatives (il a cofondé l’EPAA, le partenariat européen pour les approches alternatives), sa présence sur le marché chinois implique des concessions réglementaires sur certaines lignes de produits. Estée Lauder et ses filiales — MAC Cosmetics, Clinique, Bobbi Brown — sont dans la même situation : les produits vendus physiquement en Chine dans des catégories « spéciales » restent soumis aux protocoles locaux.

Shiseido, marque japonaise dont le siège est à Tokyo, distribue massivement en Asie et en Chine continentale. Revlon et Avon ont également maintenu des activités sur ce marché, les exposant aux mêmes contraintes. La position de ces entreprises n’est pas binaire : elles ne « testent pas sur les animaux » dans le sens où elles ne le font pas volontairement en dehors des obligations légales, mais elles acceptent que cette pratique soit réalisée par des laboratoires tiers mandatés par les autorités chinoises pour valider leurs produits.

Lire un label cruelty-free sans se faire piéger par le greenwashing

Depuis le règlement européen, afficher la mention « non testé sur les animaux » sur un emballage vendu dans l’UE est techniquement interdit par la DGCCRF (note de 2018), car cela laisserait croire que d’autres produits européens sont testés — ce qui n’est pas légal. Les marques engagées utilisent donc des formulations alternatives : « s’oppose aux tests sur les animaux », « respecte les animaux » ou s’appuient sur des labels indépendants.

Deux labels font référence à l’échelle internationale : PETA Beauty Without Bunnies et Leaping Bunny (programme Cruelty Free International). Ces certifications impliquent un audit de la chaîne d’approvisionnement et une vérification que ni la marque ni ses fournisseurs ne pratiquent ou ne commanditent des tests sur des animaux, y compris hors UE. Une marque certifiée Leaping Bunny s’engage contractuellement à ne pas vendre dans des marchés où des tests seraient exigés par la loi — ce qui exclut de fait les rayons physiques en Chine pour les catégories réglementées.

Pour aller plus loin dans votre analyse d’achat, l’application Yuka et ses critères d’évaluation des cosmétiques permettent d’identifier rapidement les marques certifiées et les ingrédients à surveiller.

Les marques véritablement cruelty-free : critères et exemples concrets

Une marque peut légitimement se revendiquer cruelty-free si elle remplit trois conditions cumulatives : elle ne mandate aucun test sur des animaux de laboratoire pour ses produits finis, elle n’en exige pas auprès de ses fournisseurs d’ingrédients, et elle ne vend pas sur des marchés où ces tests seraient légalement obligatoires. C’est une position commerciale forte, qui exclut l’accès à certains marchés très lucratifs.

Lush est historiquement la référence en la matière : la marque refuse depuis sa création tout test animal et finance activement la recherche sur les méthodes alternatives. The Body Shop, pionnière dès les années 1980, a contribué à populariser le concept en France et en Europe. Ces deux enseignes ne vendent pas dans les circuits physiques soumis aux obligations chinoises. D’autres marques cruelty-free disponibles en France méritent également votre attention pour remplacer des produits de marques non certifiées.

Du côté des certifiées PETA, Too Faced et e.l.f. Cosmetics maintiennent un engagement documenté, avec des formules également vegan pour la majorité de leurs gammes. Urban Decay — appartenant pourtant au groupe L’Oréal — a obtenu et conservé sa certification PETA en refusant la distribution physique dans les zones chinoises concernées. Ce cas illustre qu’une filiale peut appliquer une politique distincte de sa maison mère.

Alternatives concrètes par catégorie de produit

Changer de routine beauté ne suppose pas de sacrifier la qualité. Pour le démaquillage, une huile démaquillante bio certifiée issue de marques indépendantes constitue une alternative directe aux grandes marques non certifiées. Pour les soins capillaires et corporels, des enseignes comme Avril Cosmétiques — dont la notation Yuka est analysée ici — proposent des formules certifiées Ecocert, sans ingrédients controversés et sans aucun test animal dans leur chaîne de production.

La marque Kiko Milano fait régulièrement l’objet de questions sur son statut : l’analyse de ses labels et de sa politique cruelty-free permet de comprendre exactement ce que recouvre son positionnement. De même, Sephora Collection — la marque propre de l’enseigne — a durci ses engagements ; un bilan détaillé de la politique cruelty-free de Sephora Collection est disponible pour les consommatrices qui souhaitent un verdict clair.

Réglementation internationale : où en est l’interdiction mondiale des tests sur les animaux

L’UE reste le bloc réglementaire le plus avancé, mais d’autres juridictions progressent. Le Royaume-Uni maintient son interdiction post-Brexit. Le Canada a adopté en 2023 des dispositions similaires pour les cosmétiques. Aux États-Unis, le Humane Cosmetics Act progresse lentement au Congrès, mais plusieurs États — Californie, Illinois, Virginie — ont déjà adopté des lois d’interdiction au niveau local.

L’Inde a interdit les tests sur les animaux pour les cosmétiques en 2014. L’Australie et la Nouvelle-Zélande ont suivi des trajectoires similaires. Ces évolutions géographiques réduisent les marchés où les tests restent incontournables, mais la Chine demeure le point de friction principal pour les grandes marques mondiales, avec un chiffre d’affaires cosmétique estimé à plus de 60 milliards d’euros sur ce seul territoire en 2024.

Une Initiative Citoyenne Européenne intitulée Save cruelty-free cosmetics a mobilisé des centaines de milliers de signataires pour exiger que l’interdiction reste ferme face aux pressions REACH. En parallèle, le Parlement européen a adopté à l’unanimité en septembre 2021 un texte exhortant l’UE à « instaurer des délais pour supprimer progressivement le recours aux animaux dans la recherche » et à augmenter le financement des méthodes alternatives via le programme Horizon Europe.

Les méthodes alternatives qui rendent les tests animaux obsolètes

Le secteur cosmétique a été moteur dans le développement des méthodes de substitution. Entre 2003 et 2009, 13 nouvelles méthodes alternatives ont été validées à l’échelle européenne, contre 6 sur la période 1998-2002 — une accélération directement liée à la pression réglementaire. Les modèles de peau humaine reconstituée (comme EpiDerm ou SkinEthic) permettent aujourd’hui de tester la tolérance cutanée, la phototoxicité et la pénétration percutanée sans recourir à un animal de laboratoire.

Ces technologies se transfèrent désormais vers d’autres secteurs, comme le note la Commission européenne elle-même : elles « suscitent un intérêt croissant dans de nombreux pays tiers ». L’EPAA (European Partnership on Alternative Approaches to Animal Testing), créée dans le sillage du règlement cosmétiques, réunit entreprises privées et institutions publiques pour accélérer la validation et l’adoption de ces protocoles. Pour les consommatrices qui souhaitent aller plus loin, la distinction entre vegan, cruelty-free et naturel mérite d’être clarifiée, tant ces termes sont souvent confondus sur les emballages.

Comment vérifier le statut cruelty-free d’une marque avant d’acheter

La démarche la plus fiable consiste à croiser deux sources : la base de données PETA Beauty Without Bunnies (disponible en ligne et via une application mobile) et la liste Leaping Bunny mise à jour régulièrement par Cruelty Free International. Ces deux ressources indiquent non seulement si la marque est certifiée, mais aussi depuis quand et sous quelles conditions.

L’application Yuka intègre le statut cruelty-free dans son évaluation des cosmétiques, mais ne remplace pas une vérification directe auprès des bases certifiantes. Elle reste un outil complémentaire utile pour identifier les ingrédients problématiques dans la formulation elle-même — perturbateurs endocriniens, allergènes, conservateurs controversés comme le Propylparaben ou le Butylhydroxytoluène (BHT). Une marque certifiée cruelty-free peut tout à fait contenir des ingrédients chimiques que vous préférerez éviter pour d’autres raisons.

Vérifiez aussi si la marque est filiale d’un groupe qui, lui, commercialise en Chine. La politique de la filiale peut diverger de celle de la maison mère, mais la vigilance reste de mise. Des marques comme Yves Rocher et son positionnement cruelty-free ou encore Rituals et ses produits vegan illustrent des cas concrets où la communication de marque mérite d’être mise en perspective avec les faits documentés.

Une marque européenne peut-elle encore tester sur les animaux ?

En Europe, les tests sur les animaux pour les cosmétiques sont interdits depuis 2013 (règlement CE n°1223/2009). Cependant, des exceptions existent : les substances à usage mixte (pharmaceutique, industriel et cosmétique) peuvent être testées sous la réglementation REACH. De plus, une marque européenne qui vend en Chine dans des catégories de produits dits spéciaux (colorations, écrans solaires) peut être soumise à des tests réalisés par des laboratoires chinois mandatés par les autorités locales.

Comment savoir si une marque est réellement cruelty-free ?

Consultez les bases de données PETA Beauty Without Bunnies et Leaping Bunny, qui certifient les marques après audit de leur chaîne d’approvisionnement. Un label cruelty-free sur l’emballage sans certification vérifiable ne garantit rien. Vérifiez également si la marque ou son groupe parent commercialise dans des marchés où des tests restent légalement obligatoires pour certaines catégories de produits.

Yuka indique-t-il si un cosmétique est testé sur les animaux ?

Yuka intègre le statut cruelty-free dans son évaluation, mais cet indicateur est complémentaire et non exhaustif. L’application identifie aussi les ingrédients controversés dans la formule (perturbateurs endocriniens, allergènes, conservateurs problématiques). Pour un verdict définitif sur le statut cruelty-free d’une marque, croisez avec les listes PETA et Leaping Bunny.

La mention non testé sur les animaux est-elle autorisée sur les produits vendus en France ?

Non. La DGCCRF a précisé en 2018 que cette allégation est interdite sur les produits vendus dans l’UE, car elle laisserait croire que d’autres produits européens sont testés — ce qui est illégal. Les marques engagées utilisent des formulations alternatives comme marque opposée aux tests sur les animaux ou s’oppose aux expérimentations animales, ou s’appuient sur leurs certifications PETA ou Leaping Bunny.

Vegan et cruelty-free signifient-ils la même chose ?

Non. Vegan signifie que le produit ne contient aucun ingrédient d’origine animale (cire d’abeille, kératine, lanoline, etc.). Cruelty-free signifie qu’aucun test sur les animaux n’a été réalisé pour le produit ou ses ingrédients. Un produit peut être vegan sans être cruelty-free, et inversement. Seule la combinaison des deux garantit une formule sans aucun recours aux animaux, ni dans sa composition ni dans son développement.

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